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Le
Soleil et la Terre
Editions Jean-Jacques
Pauvert, 1977 |
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Première
page |
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Le
voile a été brodé pour recouvrir le sein. C'est
ma chambre. Une pièce où j'aime regarder les confuses
formes de ma rêverie s'habiller, les regarder errer parmi les
bibelots, parmi les objets de lingerie. C'est ma chambre de miroirs
poussiéreux et de fanfreluches. Les dentelles qui la décorent
sont des héritages d'aïeules car on n'en fabrique plus
aujourd'hui d'aussi précieuses. La lumière brodée
de rosettes et de reflets y est semblable au fond d'une dentelle ou
à un réseau de tulle.Et je la traverse féeriquement
sans la trouer, sans la déchirer, pour me déplacer du
lit au fauteuil. J'aime m'endormir, le soir, dans mes draps mollets
qui sentent les roses effeuillées. J'aime mon lit, son odeur,
m'y chiffonner, m'y pelotonner, fille de ses garnitures de jours à
fils tirés, fille de ses broderies, fille de la toile qui m'enveloppe
douillettement d'une douceur bourrée de plumes, de parfums
tièdes qui me chatouillent. Et selon qu'il fait encore jour
ou déjà nuit, les recoins s'enveloppent de blonde blanche
ou de dentelle noire. J'aime m'asseoir la journée devant la
fenêtre, peresser, me sentir seulement frôler par le rideau
de vitrage en mousseline, et un peu languir. J'aime les matières
crémeuses : la mousseline doublée et mon édredon
de duvet, les dentelles de Chantilly. J'aime bien être grosse,
sortir moulée par une robe, je demande toujours à la
couturière d'ajuster le plus possible mes corsages pour ne
rien perdre du contour de mon buste. [...]  |
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Descriptif |
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"Avec
Le soleil et la terre comme avec ses récits précédents,
Chantal Chawaf écrit la vie. Les mots qu'elle donne à lire
nous réconcilient avec notre chair. Ils l'étoffent, la développent,
la font s'étendre et communiquer avec toute substance essentielle:
la vie de l'eau, le lait, la lumière, la forêt, les étoiles
et puis l'air...
Mais dans ce livre, les mots se saisissent aussi de la mort. Ils disent
la guerre, ils deviennent angoisse, nausée, maladie.
Et c'est bien parce que la guerre existe, ici, telle que le corps la vit,
qu'elle est complètement refusée. Quel écrivain l'a-t-il
jamais vaincue ainsi, en lui opposant doucement, inexorablement le corps
qu'elle nie ? Car non seulement les victimes, mais aussi ceux qui font
la guerre perdent leur corps, condamnés à brandir la vie coupée
d'eux-mêmes, dans l'arme qu'ils tendent pour tuer.
Ici le corps toujours demeure. Souffrant la guerre, mais refusant d'en mourir
comme d'en jouir, il est le lieu d'une force immense où peu à
peu le lecteur découvrira l'amour." |
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http://www.chantal-chawaf.com |
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