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L'Intérieur
des heures
Editions des
femmes, 1987 - 338 p. - 20 € |
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Première
page |
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A
perte de vue, la plaine. C'est trop tard. Il ne nous reste plus de
confiance, plus rien. On a tout dépensé dans la souffrance,
tout gâché à cause de la souffrance. On n'a pas
pu s'améliorer. La souffrance a tout ravagé. Elle nous
a paralysés. On ne bouge pas. On ne peut pas dépasser
cette condition. On est maudit. On a l'impression de subir un destin.
On se sent inutile, dérisoire. Notre vie, notre corps, notre
intelligence, notre savoir ne nous servent à rien. Notre désir
s'étiole... Et la plaine, oui, est immense. Plaine dépressive.
Jamais on n'aura fini de la traverser. Au loin, les petits pavillons
de banlieue resserrés sur eux-mêmes. Tous, laids, uniformes
et précaires.
Rien de notre vie ne durera. On est malade. Ce paysage est mental,
détruit. Ici on ne construit pas d'avenir.  |
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Descriptif |
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"Il
leur restait des jours, des semaines, des mois, peut-être des années
encore à se vivre serrés l'un par l'autre dans l'étranglement
de l'intérieur, dans le boyau de l'obscurité où ils
se confondaient l'un dans l'autre, où il n'y avait même plus
de place pour un seul corps, seulement pour cette fulgurance qu'ils s'ingéniaient
ensemble à prolonger jusqu'au contact exacerbé, jusqu'au dernier
coin, au moindre repli où ils s'attiraient, où ils se plongeaient
presqu'inconscients, où entre eux ne subsistait plus un atome de
séparation."
C.C.
Ainsi aux lisières du corps et du cur, arpentées par les
fictions précédentes, s'ajoutent celles du vécu social:
richesse et pauvreté dans la communication du vécu. A l'ampleur,
sensible parfois jusqu'au tragique, des voix féminines, s'oppose
une sorte de sensualité frénétique et désespérée
des hommes, ou au contraire la platitude voulue, bien sûr, de leurs
dialogues. Souvent absents, brutaux, ils sont d'un certain côté
de la plaine, préoccupés surtout par l'argent, mais on les
voit également présents, acharnés à posséder
des corps qui leur échappent.
Ce roman pourtant n'est pas manichéen. Ce qui lie de façon
étonnante ces soliloques, c'est le rythme, ce sont les modulations
de la voix même de l'auteur. Lente, insistante, syncopée, elle
ne ressemble à aucune autre. |
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