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Maternité
Editions
Stock, 1979 |
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Première
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...C'était
l'hiver...
Nous dînions dans la petite pièce voûtée. "Ce
n'est pas permis... C'est défendu... Ca ne se dit pas, ça
ne se fait pas... Tu ne dois pas..." Ca commence dès l'enfance...
Ca continue en s'aggravant... On glisse vers la passivité, vers la
timidité, vers l'inertie... On ne provoque plus le hasard... On se
sclérose. Et quelque part en nous quelque chose sait que notre corps,
que son hyperexcitabilié agonisent, ne nous serviront à rien,
et qu'on se cache dans cette chambre obscure, instable et illimitée
comme la nymphomanie. Dans l'informulé.
Il faisait noir, noir dans cette pièce. Les rideaux étaient
tirés. Il faisait nuit. Je reculais vers le mur.
Je fixais des yeux les prunelles d'or.
La réalité n'était plus qu'un filet de jour, qu'une
rumeur qui allait progressivement s'éteindre... Comme si bientôt
nous n'allions plus vivre...
J'ai peur.
Là-bas le bruit. L'amusement. Là-bas la ligne pointillée
de night-clubs et de bars. Et ici la douleur. La même. Toujours.
Et lancinante. Et ici, se sentir étranglée par l'impossibilité.
Et tout autour de la nuit tourne lui-même le contrôle
des centres cérébraux qui enserre l'espèce humaine.
C'est l'étranglement. Un étranglement planétaire
comme métaphysique de l'angoisse. Métaphysique funèbre
qui déchire la poitrine tandis que les ongles enlèvent
à la bouche les lèvres pendant le supplice, dans ce
drame de l'animalité, dans ce combat perdu par la vie.Et ce
pourrait être l'heure d'un autre repas, l'heure d'un autre dîner.
L'heure de la réunion réchauffée par la respiration,
mais ici, la table est vide, la bouche est pleine de sang. Brûlure
cannibale, érotomanie qui m'irrite tous les organes ;
la congestion me prend à la taille, descend vers le ventre
en serrant, en oppressant...Qu'est-ce que l'absolu ? Dit la nuit.
Où est ta peau ? L'amant est mangé, dévoré.
La joie est partie. L'amant est pulvérisé dans la poussière
du viol que n'éclairent aucun astre aucune rémission.
Et en bas, la terre ouvre largement les rives de son fleuve, les mâchoires
monstrueuses qui se refermeront bientôt sur les spasmes sur
les hoquets, sur la noyade ; je frissonne.  |
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Descriptif |
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Avec
"Maternité", Chantal Chawaf défait les images
reçues et acceptées: ce long rythme lyrique à
la fois blessé et conquérant dénonce les illusions
de la jouissance et du narcissisme où l'on enferme les femmes,
dénonce ce qui a toujours été occulté
dans la maternité et même dans l'amour tandis que partout
le monde inquiète, gronde, s'auto-détruit. La seule
chance de survie, ce serait de rassembler toutes nos forces, celles
des hommes et des femmes, pour bâtir une société
d'amour et de vie.
La parole sourd ici de la vie et de la chair et des gestes du quotidien
mais elle s'élève à une tension, à une
intensité explosives, à un texte-secousse qui ébranle
et fracture les surfaces du langage et libère le feu interne,
la passion, les scintillements sombres, nerveux de nos démesures,
de nos infinis. |
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http://www.chantal-chawaf.com |
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