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Retable,
la Rêverie
Editions des femmes, 1974. Réédition, 2004
Egalement en cassette, lu par l'auteur, aux Editions des femmes, 1981
Traduit en anglais : Mother
Love, Mother Earth, traduction de M. F. Nagem, 1993, Garland
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Première
page |
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I-
Naissance
Cornue, l'herbe laiteuse éclabousse, étincelle, charrie
en son courant vert, poils, plumes, cheveux, graines, ongles, nageoires
s'entrelaçant, rayonnés par la membrane, paroi, pâte,
laine d'entrailles, fruitière, lunaire, derrière les
chênes, derrière les châtaigniers. Les débris,
le mucus mouillent l'air, le petit marche, l'enfant comme l'appel
hululé d'un adulte malade, comme le grelottement de se coucher,
décharné, en position embryonnaire, sous la voûte
cranienne, à l'emplacement de la lésion. Les nations
s'écrasent entre leurs mâchoires, comme de la viande
de buf dans leur bouche...  |
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Descriptif |
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Retable :
procès corporel, tente de réaliser une naissance bien-heureuse
et réussie, qui viendrait effacer le procès-verbal :
froid document d'une naissance manquée.
Le bébé a été brutalement arraché
au corps de sa mère.
Petite fille qui, devenue écrivain, va se charger du travail
d'enfantement dont a été privée la mère
par la mort.
Femme qui, comptant sur ses propres forces, va restituer à
la mère la jouissance et la souffrance de la mise au monde.
Ce sont les premiers textes de l'auteur, qui déclare elle-même vivre
pour écrire.
Le premier texte de cette publication en diptyque est composée de
trois tableaux : Naissance, Portrait, Mausolée. C'est le récit d'une
" enquête " menée par une petite fille auprès de ses parents adoptifs
sur sa mère. Enquête difficile dans laquelle les parents adoptifs
se montrent pudiques, exclusifs, mensongers. Trois discours, donc,
au moins, une vérité douloureuse, déchirée : la petite fille est née
du corps mourant de sa mère : c'était la guerre, les traces sont brouillées
qui conduiraient à cette courte vie de 9 mois " avec " sa mère : il
reste ces souvenirs du corps : une écriture qui rompt la tradition
de la narration, qui renvoie au travail d'accouchement, au corps en
travail, travaillé, excédant ses limites, sans plus de dedans ni dehors.
De cette mise au monde déçue, de cet arrachement au corps de la mère,
demeure le désir de ce manque : la fille accouchant à son tour d'une
fille retrouve la voie du vieux monde des pulsions tissées dans le
rapport au corps de l'autre, femme, comme elle qui l'engendre, comme
celle qu'elle engendre. C'est le renversement de la quête du père.
Le deuxième texte. La Rêverie, n'est ni un roman, ni un récit, c'est
l'histoire déroulée d'un acte d'amour dans ses replis, ses mouvements,
ses odeurs... Le corps féminin y est tour à tour démantelé, reconstruit,
déchiré, palpé, goûté, il y est nourriture généreuse, refuge monumental,
il est ce corps non symbolisé, charnier sadique et caverne aux trésors
pour l'homme, amant, enfant, fils. La Rêverie, c'est l'écrivain au
masculin. Texte dans lequel l'instance masculine mène le jeu, trace
les parcours sur et dans le corps, en fixe les repères, les déplace,
jalonne le désir de sa marque.
Les deux textes de Chantal Chawaf, présentés en un seul volume, énoncent
cette différence dite des sexes d'une manière imprévue et bouleversante,
mettant en lumière ce qu'il en est d'une autre différence : la naissance
d'un corps de femme et non plus la reproduction du corps maternel.
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http://www.chantal-chawaf.com |
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